Élection présidentielle : des idées SVP !

Article paru sur LibertePolitique.com le 8 mars 2012

François Martin

Dans cette période on ne peut plus « schumpetérienne » de destruction que l’on espère créatrice, rien n’est plus important que l’innovation, et d’abord les idées. Le monde en attend sur tous les sujets possibles, et la France peut-être plus encore que les autres, à la fois parce qu’elle n’a pas évolué assez vite et qu’elle se retrouve en « déséquilibre arrière », en retard sur les événements, en manque cruel de capacité d’initiative, et aussi, bien entendu, parce qu’elle est en période électorale, le moment, en principe, le plus « ouvert » et le plus propice à ce bouillonnement de nouveautés.

Mais justement, que remarque-t-on ? Il semble bien que les deux principaux candidats aient passé entre eux un contrat, au moins tacite, « de critiques et d’invectives mutuelles ». Une telle tactique en effet les sert l’un et l’autre, pour deux raisons :

L’invective en lieu de programme

La première est que ni l’un ni l’autre n’est à l’aise avec une campagne vraiment programmatique (celle que nous attendrions). En effet, dans une telle configuration, le candidat de droite ne manquerait pas de se faire attaquer sur son bilan, tous ses adversaires, petits et grands candidats répétant à l’unisson « que ne l’avez-vous fait ? » (c’est d’ailleurs ce qui se passe dès qu’il fait des propositions). Le candidat de gauche, lui, n’est pas très à l’aise avec son programme d’une façon générale, puisqu’il est le fruit de compromis avec ses amis rouges, roses, verts ou d’autres couleurs, compromis tels qu’on est souvent à la limite et même au-delà du grand écart… Pour les deux, le « contrat mutuel d’invective », pour autant qu’il reste à un niveau qui ne les dévalorise pas trop, est donc beaucoup plus confortable que le terrain des idées.

La bipolarisation du débat

L’autre raison est que cette tactique du « pugilat bien tempéré » est la solution parfaite pour bipolariser le débat présidentiel. La presse n’aimant rien comme les « petites phrases » qu’elle reprend à l’envi chaque jour, l’un et l’autre savent, en agissant ainsi, que l’on ne parlera que d’eux. Cela n’a aucun intérêt pour les français, qui en restent mécontents et frustrés, mais la logique médiatique étant ce qu’elle est, force est de constater que tout le reste, idées innovantes ou autres candidats, est devenu totalement inaudible…

Le candidat du centre, qui avait tenté un début de campagne assez programmatique, baisse dans les sondages, ce qui laisse à penser, puisqu’il connaît le jeu aussi bien que les autres, qu’il a sous la main deux ou trois petites « bombinettes » qu’il ne tardera pas à lâcher pour qu’on reparle rapidement de lui. En tout cas, s’il ne le fait pas, c’est « tout bénef’ » pour les deux premiers, qui creusent l’écart, à bon compte, jusqu’à la fin du premier tour. Pour les autres candidats, à l’extrême droite, à l’extrême gauche ou ailleurs, c’est encore plus simple : la provoc’ ou le bâillon, voilà le seul choix possible…

Logique du bien, positive, mais non prise en compte d’un côté, logique médiatique, destructrice mais seule efficace, apparemment, de l’autre, qui est responsable de ce divorce ? Les candidats, pas assez courageux et n’osant pas « monter » plus haut au-dessus des contingences ? Les médias, qui ne reprennent que ce qui « croustille » – mais ils savent bien ce que les opinions « achètent »… (reconnaissons tout de même que dans cette mélasse sans forme ni couleur, l’émission « Des paroles et des actes » semble surnager avec quelque bonheur… Reconnaissons les mérites de la presse quand ils existent !) ? Ou bien les français, qui se laissent rouler dans la farine, et même en redemandent, à l’opposé de leurs propres intérêts ?

Dans tout cela, qui parlera des idées ? Nous, bien sûr !

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