Le nœud gordien des banlieues

Highrises in Mons-en-Baroeul

CC BY-SA Michel G.

Article paru sur LibertePolitique.com le 16 mars et 19 avril 2012

François Martin

La question des banlieues cristallise bien souvent les peurs, et à juste titre : quartiers de violences et de non-droit, repaires de truands et de maffias, « hubs » de réception et de vente de drogue, zones de ghettos culturels, lieux où se développent de nouvelles formes d’islam radical, toutes ces géographies et ces modes de vie s’entremêlent, de façon très imbriquée, et souvent contradictoire.

Au départ, un besoin économique a été la cause de leur développement. Elles ont été ensuite, et très longtemps, livrées à elles-mêmes [1], après que la décision du regroupement familial [2] ait fait d’un problème économique un problème social, et que trop de factions politiques, à gauche comme à droite, aient eu intérêt à en maintenir le pourrissement [3].

Aujourd’hui, malgré les gros efforts faits par le gouvernement Fillon, et que le candidat Sarkozy ne cesse de rappeler [4], il semble que le problème n’ait pas été réglé, et qu’il ne soit pas prêt de l’être, parce que les facteurs négatifs sont bien en place, et parce que plusieurs facteurs contribuent à leur pérennité.

Communautarisme

Tout d’abord, la communautarisation progressive de ces quartiers, amplifiée par une politique très laxiste d’octroi de la nationalité et de régularisation de clandestins, sans pour autant y avoir ajouté des mesures volontaristes et efficaces visant à l’intégration et l’assimilation, a fini par créer une espèce de « cancer » culturel et social, fait de frustration et de haine de la France, de la part de personnes se considérant comme étrangères, alors même qu’elles sont françaises [5]. A cela se surajoute le fait que la politique de l’immigration est une véritable passoire, au niveau français et européen [6], et que par ce biais, de nouvelles personnes immigrées, entrées légalement ou pas, non assimilées et non intégrées, viennent chaque année grossir le « cancer » en question.

La question de l’islam

Ensuite, L’islam ultra majoritaire dans ces quartiers est un facteur aggravant. Si l’on peut discuter à l’infini sur la possibilité, sur le plan théorique, qu’il puisse ou non exister un « islam modéré » [7], il n’en reste pas moins évidemment que cette religion est éminemment communautariste, personne ne peut le nier. La culture qu’elle véhicule est très différente de la culture occidentale pétrie de christianisme, où la liberté individuelle est valorisée, et même survalorisée, avec tous les excès que nous voyons [8]… Ceci ne veut dire en aucune façon que les musulmans, lorsqu’ils pratiquent leur religion, ne soient accessible ni au libre arbitre ni à la tolérance. Le prétendre est une stupidité, car au-delà de nos religions respectives, nous sommes tous des hommes capables d’écouter et de réfléchir. Par contre, ce qui est certain, c’est qu’elle ne tend pas, en elle-même, à favoriser une harmonieuse diffusion de ses membres dans notre société, en l’absence de fortes politiques d’intégration ad-hoc, et alors même que la plupart des musulmans eux-mêmes souhaitent vivement que ce mouvement soit engagé et réussi, et qu’ils sont prêts à faire de gros efforts pour cela [9].

Sous-culture

A cette difficulté initiale s’en rajoute d’autres : beaucoup d’enfants et de jeunes de ces banlieues ont « avalé » un pseudo-islam, sorte de sous-culture primaire et sectaire, qui leur sert à exprimer leur frustration et leur déracinement [10]. D’autre part, et bien différent, est le mouvement de l’islam radical, structuré et organisé, qui se présente à la fois comme un puritanisme religieux, en réaction au laxisme de notre mode de vie [11], et comme une doctrine d’extrémisme politique, une sorte de « maoïsme », mouvement contestataire sur une base religieuse, visant à transformer et faire exploser nos sociétés de l’intérieur. Ces deux sociétés, celle du pseudo-islam primaire des jeunes et celle de l’islam puritain des activistes, sont toutes deux en croissance. Elles se nourrissent l’une l’autre, la première apportant à la deuxième un immense vivier de « recrues » potentielles, et la deuxième offrant à la première un idéal politique et, sous une forme ambitieuse et organisée, un exutoire à sa frustration.

L’économie de la drogue

En troisième lieu, se développe aussi dans les banlieues le phénomène des maffias et de la pègre, et en particulier par rapport à la drogue. Il y a dans ce phénomène une contradiction apparente avec la religion qui s’y pratique, puisque l’islam proscrit précisément, et fortement, le vol et le trafic, l’alcool et la drogue. Le fait que de nombreux jeunes justifient à la fois l’un et l’autre montre bien le désarroi dans lequel ils sont, et la pauvreté, en réalité, de leurs convictions religieuses. Par ailleurs, cette alliance objective de deux groupes ayant deux philosophies de la vie totalement opposées a aussi un sens, dans la mesure où, comme dans l’expression d’origine sud-américaine « narcoterroristes », l’un et l’autre représentent deux formes de pouvoir complémentaires dans les « quartiers », qui ont besoin l’un de l’autre : le radicalisme islamique donne une sorte de justification idéologique aux personnes des quartiers, dont la pègre peut avoir l’utilité, et la pègre, évidemment, fournit certainement aux groupes islamiques une part de leurs moyens financiers. La transformation des quartiers en zones de non-droit sert les deux populations, la pègre pour pouvoir travailler, et l’islam radical pour recruter ses réseaux. De plus, l’islam radical apporte une certaine forme d’organisation sociale dont la pègre a également besoin.

Déséducation

Un autre phénomène, encore différent, concerne la misère sociale, et en particulier la déséducation. Nous savons d’où cela vient : du décalage qui existe entre la première génération d’immigrés, d’un niveau social souvent bas [12], et celle de leurs enfants. Le mal est là, et il n’est pas « musulman » : pour ceux qui connaissent un peu les sociétés musulmanes, où la structure sociale est au contraire extrêmement forte, et les enfants très respectueux de leurs parents et très bien éduqués, rien n’est plus éloigné de celles-ci que cette espèce de société de voyous agressifs, orduriers et barbares, insultant facilement hommes et femmes, violents et mal élevés. Ce que nous voyons, ce ne sont pas les maux d’une société musulmane, mais bien ceux d’une société occidentale, avec tous ses travers de permissivité éducative [13], avec un vernis musulman par-dessus. Les véritables sociétés musulmanes le savent bien, qui déconsidèrent complètement ces « beurs », ce qui rajoute bien entendu à leur mal-être et leur déracinement.

Misère économique

Enfin, par-dessus tout cela, il y a évidemment la misère économique et le chômage, atténués, si l’on peut dire, par la religion (qui empêche une déstructuration plus grande encore) et le trafic de drogue (qui fournit aux quartiers des sommes considérables, dont les retombées font vivre beaucoup de gens). En l’absence d’une véritable action des pouvoirs publics, ces deux maux, communautarisation religieuse d’une part et maffias d’autre part, ont donc, d’une certaine façon, certains effets « positifs ».

On le voit, les maux des quartiers sont multiples : sociaux (communautarisation), familiaux (manques éducatifs), sécuritaires (violence, maffias, drogue), identitaires (octroi laxiste de la nationalité), économiques (chômage), scolaires aussi bien entendu, et pas seulement religieux. L’islam, dans tout cela, n’est que l’un des facteurs, souvent en contradiction avec les autres. Ce serait donc une erreur de vouloir en faire l’explication unique et principale du problème [14]. Il n’en reste pas moins que le nœud gordien sera très difficile à défaire, le moindre des paradoxes n’étant pas l’interrogation que l’on peut avoir sur la volonté réelle des pouvoirs publics pour le résoudre [15].

Mais nous ne pouvons pas terminer ce panorama sans rappeler que ce que nous décrivons, ce n’est pas toute la banlieue. D’abord, il n’y pas que des jeunes beurs musulmans déstructurés, mais aussi des milliers de femmes et d’hommes courageux et travailleurs, qui tentent et qui parviennent à élever leurs enfants et à s’en sortir, qui aiment la France de tout leur cœur. Pour beaucoup de ces ressortissants français d’origine étrangère de la troisième génération, l’intention d’intégration est réelle, et la réussite souvent au rendez-vous, ainsi que le sentiment que le dernier gouvernement a véritablement, et pour la première fois, voulu faire quelque chose pour eux [16]. Rien ne serait pire, de la part des chrétiens que nous sommes, que de n’y voir que des menaces, et jamais des opportunités. Sans nous cacher le reste, c’est peut-être cela qui est la première chose à faire : regarder nos banlieues avec un esprit positif et avec espoir.

La solution est d’abord politique

Rappelons, pour mémoire, quelles sont les difficultés des banlieues :

  • Le communautarisme : l’octroi laxiste de la nationalité, l’immigration et la régularisation, régulière et massive, des clandestins, ont fini par créer des « cancers » culturels, sociaux et psychologiques, beaucoup de ces personnes ne se sentant souvent pas françaises, alors même qu’elles en ont la nationalité

  • L’islam : cette religion ultra majoritaire dans les banlieues est évidemment un facteur aggravant de communautarisation

  • La sous-culture : beaucoup d’enfants ont « avalé » un pseudo-islam, sous-culture primaire et sectaire, qui leur sert à exprimer leur déracinement et leur frustration, ce qui est un frein évident à leur instruction et leur intégration

  • L’islam radical : il s’agit d’un mouvement à la fois puritain et politique, bien structuré, qui se sert du communautarisme pour proposer une alternative radicale, une « autre société »

  • La drogue et la pègre : elles sévissent dans nombre de ces quartiers, et tâchent d’en faire des zones de non-droit, qui tendent à les « guettoïser » plus encore

  • La déséducation : c’est un phénomène insuffisamment dénoncé, cause en grande partie de la sous-culture dénoncée plus haut

  • La misère économique : l’absence de perspectives économiques est bien entendu aussi un facteur aggravant

  • L’ambiguïté des politiques : en l’absence de la disponibilité de moyens importants, il n’est pas certain que nos dirigeants aient vraiment décidé de traiter, et qu’ils ne préfèrent un statu quo qui n’évolue pas trop vite, plutôt que d’opérer la maladie

  • Les lobbies intellectuels : ce parti-pris idéologique de nombreux intellectuels, même très compétents, tend, contre toute réalité, à laisser croire que l’intégration reste possible en l’absence de toute mesure coercitive

  • Le pessimisme : l’idée comme quoi il n’y a que des problèmes à régler, et pas de solutions positives possibles, favorise aussi à la ghettoïsation, en tendant à assimiler tous les habitants de ces banlieues, y compris ceux qui veulent s’en sortir, à des personnes à problèmes.

Que faire de ces banlieues ?

Une première remarque de bon sens : face à un gros problème, si l’on veut le résoudre, il faut s’en donner les moyens. Comme pourraient l’analyser les militaires, cela implique :

  • une volonté politique,

  • une vision globale du problème,

  • une stratégie,

  • une unité de commandement,

  • des moyens adaptés, positifs et aussi coercitifs

  • et, finalement, l’appui de l’opinion.

Sans une « chaîne » impliquant tous ces éléments la dispersion sera trop grande et l’effet de masse ne pourra pas jouer. L’erreur qui est faite jusqu’ici, étant probablement de ne pas avoir vu (ou voulu voir ?) le problème dans toute son ampleur et sa globalité.

La volonté politique

Premièrement, il faut une volonté politique. Nous pensons qu’elle n’est pas réelle, ou pas suffisante, pour plusieurs raisons, l’une idéologique, et l’autre économique.

La raison idéologique vient des milieux intellectuels et de la presse. Ils sont, sur cette question, très largement « universalistes », « tiers-mondistes », d’autres pourraient dire « à gauche ». Contrairement à toute logique, ils croient encore que le problème peut être traité uniquement par des propositions incitatives, sans appel aucun à des mesures coercitives. Il n’est par exemple que de voir la façon dont la presse et les « leaders d’opinion » tendent à repousser constamment vers l’extrême droite les propositions en cette matière du candidat Sarkozy, pour se rendre compte à quel point cette vision idéologique et idéaliste du problème des banlieues est forte. Et cette sensibilité universaliste n’est pas seulement présente à gauche, mais aussi dans la plupart des milieux politiques et intellectuels de droite. Il y a donc une grande difficulté du pouvoir à s’en affranchir. C’est une des raisons de sa faiblesse, alors même que le hiatus entre le peuple français et ses élites semble, sur ce point, de plus en plus important.

L’autre raison est économique. Le pouvoir est aujourd’hui, à juste titre sans doute, obnubilé par la nécessité de faire des économies. Dans ce contexte, faisant ainsi le raisonnement qui est trop souvent appliqué dans nos prisons [17], il a sans doute tendance à considérer que ne disposant pas désormais des moyens suffisants pour nettoyer véritablement les « écuries d’Augias », il peut appliquer une solution a minima, consistant à trouver un accord tacite, un pacte de non-agression, avec la pègre et les associations islamistes, pour maintenir les équilibres contre une non-extension des dérives [18]. Pactiser avec ses ennemis nous semble un raisonnement à très courte vue, et qui conduit en général à la catastrophe.

Une vision globale du problème et une stratégie

Comme nous avons tenté de le montrer, on ne peut pas traiter isolément le problème de l’islamisme, de la drogue, de la déséducation, de la misère économique, de la volonté politique ou de l’appui de l’opinion. Tous ces éléments ayant des répercussions entre eux, il faut une vision d’ensemble, qui soit à la fois politique et pratique, et qui traite en même temps tous les aspects. Nous sommes dans ce cas très proches, bien que nous soyons dans le domaine civil et non pas militaire, des caractéristiques de ce qu’on appelle en stratégie militaire un « conflit asymétique » [19].

Pour gagner, il faut que le pouvoir en place soit absolument et durablement déterminé à gagner ce combat, mais aussi qu’il s’entoure de spécialistes qui lui apportent les bonnes analyses dans tous les domaines concernés, et qui partagent sa foi et sa vision, non idéologique et « universaliste », du problème. Sans cette unité en haut de la chaîne de décision, il n’est pas possible de gagner ce type de guerre, qu’elle soit militaire, comme en Afghanistan, ou civile, comme dans le cas des banlieues.

Pour ce qui concerne la stratégie, comme le montre David Galula (20), le plus important, dans tout ce qu’il y a lieu de faire, est la victoire « idéologique ». La clef, c’est de parvenir à marginaliser, aux yeux des opinions, les partisans de l’insurrection. Nous montrerons ci-dessous comment on peut le faire.

Une unité de commandement

De même, on ne pourra gagner la « guerre » contre la ghettoïsation des banlieues si le commandement est dispersé, surtout lorsqu’il y a de nombreuses tâches de natures très diverses à accomplir : police locale et nationale, renseignements, justice, écoles, mairies, urbanisme, pôle emploi, entreprises, cordées de l’emploi, cultes, haut comité à l’intégration, préfets à l’égalité des chances, services de l’immigration, etc…, aujourd’hui, force est de constater que tous ces moyens sont dispersés, et que chaque entité a une parcelle de pouvoir. Comment peut-on penser parvenir à régler un problème d’une telle ampleur, avec un « commandement » si dispersé ? En face, les ghettos de banlieues, sans pour autant disposer d’une unité de pouvoir, sont cependant « gouvernés » par un petit nombre de caïds et de chefs religieux et, plus encore, ont une « unité organique », celle d’une communautarisation croissante à laquelle tout concourt.

Pour répondre, il faut que l’État se dote d’un décideur unique, une sorte de « général » qui ait la haute main, par délégation, sur tout ce qui touche à la banlieue. Un ministre à poigne, dédié uniquement aux banlieues, disposant de l’appui indéfectible du Président et, au-dessous de lui, un Préfet aux larges pouvoirs, tous deux établis sur la durée. Sans cette unité de commandement, nous pensons qu’il n’est pas possible de traiter véritablement la question.

Des moyens adaptés

Contrairement à ce que l’on pense, ce qui probablement « coûte le plus cher », ce ne sont pas les moyens à mettre en place, puisque nous les avons très largement, mais c’est la volonté politique, la mise en place de la « chaîne de commandement » et l’aval de l’opinion.

Si elle existait, nous pensons que l’éradication de la drogue, et des trafics, probablement ne serait pas d’une difficulté extrême [20]. Pour ce qui est des chefs religieux, les événements récents de Toulouse ont montré que l’on peut expulser rapidement, si on le souhaite, les plus dangereux d’entre eux.

La difficulté, c’est que ce n’est pas seulement la drogue et l’islam radical qu’il faut traiter, mais aussi la déculturation et le manque de travail, ce qui promet d’être beaucoup plus long.

Contre la déculturation

Pour ce qui est de la déculturation, ce qu’il faut reconquérir d’abord, c’est l’amour de la France et la connaissance de sa culture. Xavier Lemoine [21], maire de Montfermeil, donne de nombreux exemples du travail qu’il effectue avec les associations de quartiers, pour obtenir l’appropriation par les habitants de la culture, de la tradition et du patrimoine historique français : défilés de « haute couture » sur les thèmes relatifs à la peinture, à des monuments français, etc., auxquels les habitants participent abondamment. De même, il prône l’intégration des enfants provenant de l’immigration plus tôt en classe de maternelle, où ils doivent apprendre la culture enfantine traditionnelle française, avant que d’être « happés » par les cultures de leurs pays d’origine, par des associations, des « copains » ou des parents qui ne parlent pas forcément le français.

De même, il nous semble évident que l’assouplissement de la carte scolaire et l’autonomisation des établissements scolaires, dans cette perspective, est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Il faut au contraire « verticaliser », donner plus de moyens à ces établissements pour accueillir les meilleurs enseignants possibles, spécialement formés, et ne surtout pas laisser les élèves studieux ou même moyens s’en aller en ne laissant que les cas difficiles. Par contre, orienter les cas les plus difficiles vers des établissements spécialisés ou vers l’apprentissage nous semble une bonne solution.

En faveur du travail

Pour ce qui est du travail, la jeune femme politique Camille Bedin montre, dans un livre récemment paru [22], que si les banlieues votent plutôt à gauche, par « tradition », par contre, leurs valeurs sont plutôt de droite, « américaines » : envie de travailler, de réussir, de gagner de l’argent, etc.

Cela veut dire qu’une partie importante de la politique vis-à-vis des banlieues consiste certainement à faciliter, pour les jeunes chefs d’entreprise en herbe que sont nombre d’entre eux, l’accès à la création de celles-ci, formation, capitaux et prêts. Il y a là, certainement, par le soutien aux PME de banlieues, une façon pour l’État d’utiliser son argent et sa garantie de façon intelligente [23].

De même, s’il est un dispositif qu’il faut promouvoir, c’est l’apprentissage professionnel, qui permet une intégration, plus tôt, au milieu exigeant, discipliné, responsable et formateur de l’entreprise. Pour cela, l’âge de 16 ans est évidemment trop tardif. L’âge de 14 ans nous semblerait bien plus adapté.

L’appui de l’opinion

Ceci nous semble être le principal instrument de tout le dispositif, puisque, nous l’avons montré, dans la « guerre asymétrique » à laquelle s’assimile, sur le plan civil, le problème des banlieues, c’est la volonté politique, résolue et durable, et l’appui de l’opinion, qui a le pouvoir de présenter les insurgés comme minoritaires ou majoritaires, qui sont les deux principaux facteurs conditionnant la victoire ou la défaite. Par ailleurs, dans le cas de la France, nous avons vu que cette volonté fait trop souvent défaut, le pouvoir étant largement « harcelé », sinon consentant, vis-à-vis des leaders d’opinion, présents dans toutes les strates autour du pouvoir, et partisans d’une vision idéologique idéaliste issue du passé, alors même que l’opinion est largement acquise à un traitement beaucoup plus volontariste, et que, paradoxalement, elle n’est pas sollicitée, en tout cas pas par le pouvoir…

Pour cette raison, si le pouvoir veut avoir les mains libres et « clouer le bec » à son opposition lobbystique rampante, présente chez ses adversaires, mais aussi, très largement, dans son propre camp, ce sans quoi il lui est impossible de prendre le problème à bras le corps, il nous paraît nécessaire qu’il obtienne de l’opinion une légitimation spécifique par rapport à cette question. Pour ce faire, nous ne voyons pas d’autre moyen que le référendum.

Le référendum nous paraît, en effet, être la seule action politique ayant un caractère politique et symbolique suffisamment fort pour délégitimer et « jeter au lac », en une seule fois, toutes les oppositions « bien-pensantes » et donner à l’État et au gouvernement une force nouvelle suffisante pour s’attaquer au cancer des banlieues. Tout part de là.

Pourquoi l’État ne l’a-t-il pas encore fait ? Mystère. Il n’est pas trop tard.

Notes

[1] L’épouse de l’auteur a commencé sa carrière d’enseignante à Garges-lès-Gonesse au début des années 1980, donc il y a plus de 30 ans. Le collège où elle enseignait était déjà muni de vitres pare-balles. Parmi ses élèves, on comptait déjà plusieurs jeunes proxénètes et gangsters. Le proviseur y était parfois « tabassé », sans que le rectorat ne réagisse. La police y intervenait déjà presque tous les jours…

[2] Sous Giscard, décret du 29 Avril 1976

[3] Accumuler les cadavres pour pouvoir monter dessus a toujours été, en politique, d’un intérêt certain. Le problème, avec ce genre de méthode du pire, c’est que le pire se produit forcément à un moment donné. Il semble bien qu’à force de le vouloir, nous y soyons arrivés.

[4] 43 Milliards d’Euros, essentiellement en rénovation urbaine, mais aussi pensionnats d’excellence, soutiens scolaires, Cordées de la réussite, etc.

[5] Phénomène excellemment étudié par Malika Sorel dans « Le puzzle de l’intégration » (Editions Mille et Une Nuits)

[6] 80.000 personnes légalement, au titre du regroupement familial et du mariage de ressortissants français d’origine étrangère avec des conjoints étrangers provenant de leur pays d’origine, auquel il faut ajouter entre 250 et 300.000 immigrés clandestins. Cf notre article « L’immigration, la culture et leur mode de vie »

[7] Ce qui n’a pas beaucoup de sens si l’on ne fait rien pour qu’il le devienne…

[8] Il faut bien dire que pour la plupart des peuples de la planète, et pas seulement les musulmans, le mode de vie occidental, sur le plan de la sexualité et de la morale familiale en particulier, est à peu près l’image qu’ils se font de l’enfer… Notre philosophie libertaire n’est partagée en réalité que par une minorité de personnes dans quelques pays riches, et n’est en aucune façon pour les autres un modèle, mais plutôt un repoussoir.

[9] Puisqu’ils pâtissent au premier chef de ses dérives. Le recteur Boubakeur ne cesse de le rappeler.

[10] Cf l’excellent « Kiffe la France », par JF. Chemain, qui décrit merveilleusement cette pseudo-culture et ces mentalités.

[11] Cf NDBP N°8. Nous sommes en général très conscients du radicalisme musulman, mais pas du tout du nôtre, et du fait que leur puritanisme est la réponse à notre vie ultra permissive. Nous voudrions éradiquer ces mouvements, et nous avons raison. Sommes-nous prêts à renoncer à nos excès, et en particulier au « libre-service sexuel » qui nous caractérise ? Nous n’aurons pas l’un sans l’autre.

[12] A la différence des migrants asiatiques : pour les envoyer travailler en France, les familles d’Afrique du nord ont choisi en général leurs membres les plus pauvres. Au contraire, les réfugiés asiatiques étaient des boat-people, donc en général des membres de la bonne société, si ce n’est des enfants de ministres et hauts fonctionnaires, qui avaient pu payer suffisamment pour fuir. Les catégories sociales sont très différentes : les uns sont des fellah, les autres des bourgeois. Ceci explique pour une bonne part les différences d’intégration.

[13] On peut se demander d’ailleurs, au-delà des raisons objectives, si l’une des causes de la répulsion qu’inspire pour beaucoup de français le style de ces « beurs », et qui justifie leurs terreurs parfois irraisonnées, ne vient pas du fait qu’ils nous renvoient au visage nos propres vices éducatifs. Ce ne serait pas le moindre des paradoxes de ce problème.

[14] Dans l’ensemble de ces causes, nous l’avons vu, nos propres laxismes concourent pour une bonne part : abandon de notre culture et de nos racines, de nos normes sexuelles, familiales et éducatives, de notre fierté patriotique. Retrouvons cela, sans oublier de faire le reste.

[15] En effet, dans ces quartiers, islam revendicatif et maffias jouent, nous l’avons vu, un rôle social et économique important. Si on les éradique, il faut les remplacer par autre chose. Lorsque l’on discute avec des spécialistes, policiers par exemple, certains vous disent en confidence qu’avec les moyens adaptés, on saurait aujourd’hui résoudre le problème de la drogue en assez peu de temps. Mais voulons-nous nous donner ces moyens ? Et que deviendrait le niveau de vie des quartiers sans la drogue ? Quelles perspectives de travail avons-nous à offrir en remplacement ? C’est une vraie question. Dans un contexte de crise et de diminution des moyens publics, on peut donc légitimement se demander si, à l’instar de ce qui se passe dans les prisons, où sont souvent tolérés prosélytisme religieux et trafics de toutes sortes, pour pallier au manque de surveillants, l’État n’a pas aujourd’hui intérêt tout simplement à laisser faire, et ne préfère pas un « cancer relatif » plutôt qu’une explosion sociale…

[16] Cf « Pourquoi les banlieues sont de droite », par Camille Bedin (Plon). http://www.terrafemina.com/culture/livres/articles/11215-l-pourquoi-les-banlieues-sont-de-droite-r-par-camille-bedin.html

[18] Des confidences provenant de sources très autorisées nous laissent à penser que ce raisonnement ne manque pas d’adeptes auprès du pouvoir.

[19] Dans ce type de conflit, un pouvoir de type insurrectionnel tente de s’approprier la légitimité idéologique d’un conflit contre le pouvoir en place, en montrant, par des actions qui sont au début plus symboliques et politiques que réelles, que le pouvoir en place n’est pas capable d’assurer ses missions principales d’ordre, de justice et de prospérité. Petit à petit, le pouvoir insurrectionnel prend la place du pouvoir en place aux yeux de l’opinion, en montrant qu’il est plus légitime que lui. Il le combat moins militairement qu’il ne le « dévitalise » idéologiquement et politiquement. Pour gagner ce type de conflit, le pouvoir en place ne peut se contenter de victoires militaires, qui n’ont que peu d’effets, puisque le pouvoir insurrectionnel vit caché au sein de la population qui le protège. Il doit agir sur tous les leviers à la fois : idéologique, en se justifiant suffisamment bien pour montrer qu’il est le seul légitime, militaire, pour défaire les attaques des insurgés, et aussi civil, pour reconstruire le tissu socio-économique abîmé et ainsi inspirer confiance, et obtenir de la population qu’elle marginalise et dénonce petits à petit l’insurrection. Ce sont des conflits longs, où il faut une grande volonté politique et beaucoup de suivi. Cf le grand théoricien français de la guerre contre-insurrectionnelle David Galula http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Galula et son livre « Contre-insurrection. Théorie et pratique » (Editions Economica, 2008, préface du Général David Petraeus).

[20] Tous les grands trafiquants sont connus et peuvent être arrêtés du jour au lendemain. Il n’est sans doute pas très difficile, si le gouvernement le veut, et avec les moyens de police adaptés, au niveau national et local, de reconquérir les entrées d’immeubles où le trafic se tient. Certains spécialistes disent que si on le décidait aujourd’hui, il serait possible d’éradiquer la drogue dans les banlieues en 18 mois. Il faut, sans doute, plus de moyens en personnels de police. Mais que veut-on ? Ce qui est important, ce ne sont pas les moyens que l’on met, mais la vision que l’on a de l’ampleur du problème…

[21] Cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Lemoine, et ses nombreuses interventions sur les médias où il détaille ces actions

[22] Cf son livre « Pourquoi les banlieues sont de droite » (Plon, 2012)

[23] Et sans doute moins coûteuse que la démolition à grands frais des barres de HLM, remplacées par des bâtiments flambant neufs immédiatement vandalisés…

TwitterGoogle+FacebookLinkedIn